A propos de lui

Georges Senga développe son travail photographique autour de l’histoire et des histoires qui se révèlent, éclairant nos actes et le présent. Trois de ses projets explorent ainsi la mémoire, à la quête des résonnances que les hommes, leurs faits et objets laissent, de la résilience de celle-ci. Une dialectique est installée et invite celui qui regarde à penser au-delà de l’image, à s’approprier une narration. Dans ces séries cet imaginaire est intimement lié à la réalité de son pays.

 

Ces fenêtres ouvertes se retrouvent dans la série « Empreintes » dont les sujets sont des déchets échoués, traces d’un acte insouciant sur une plage. Qualifiés par Simon Njami d’acte incivique, on peut y voir les signes d’une modernité teintée d’une consommation qui a du mal à trouver les liens de la cohésion et du devoir collectif. Georges Senga y décèle par l’angle de vue un relais vers des formes inventives. Ainsi, nait une transformation, une beauté recyclée au coeur « d’un bordel laissé là ».

 

Dans « mes nouveaux plafonds », des paysages de maisons abandonnées jouxtent de nouvelles constructions à Lubumbashi. On passe des portes et fenêtres disparues ou fermées des ruines coloniales aux structures en béton armé de la d’une architecture urbaine contemporaine… Ici, telle une armée qui pointe vers le ciel ses fers de lance, un toit apparaît : dénudé, en formation. Là, une maison au toit de tuiles et pentu, bâtie sur une route des champs, est envahie par les hautes herbes. Ainsi la nature recouvre et les chantiers découvrent Lubumbashi qui se construit.

 

Le projet « Une vie après la mort » accompagne l’instituteur Kayembe Kilobo qui, par ses opinions et son apparence,  perpétue le souvenir de l’ex-premier ministre Patrice Emery Lumumba. Présentées sous forme de diptyque, chaque paire de photographies rend compte d’un parallélisme entre cette référence nationale déjà dépassée par 3 « périodes politiques » et celui qui les a traversées. Apparaissant humble et investi d’une certaine grandeur, que peut enseigner cet homme de l’histoire ou de ce lien qu’il entretien entre passé et présent ? Au vu des avis singuliers et de l’histoire écrite, des histoires parallèles se créent, qui se transmettent individuellement, localement, aux amis, élèves, voisins, famille.

 

Un regard sur le parcours de ce sosie peut-il ramener sur la scène artistique, hors tension politique, la question de l’amnésie politique ? Que resterait-il à dire autour de ce souvenir obsolète ou actif d’un ex Premier virulent, rapidement effacé de l’échiquier politique…?

 

L’histoire existe au travers d’archives officielles et de mémoires individuelles. On voit sur une photo P. Lumumba saluant dans la voiture officielle, et juste à côté, son double est à vélo. Le jeune ex Premier est entouré de ses ministres et conseillers, le vieux professeur d’aujourd’hui est entouré de ses élèves sagement alignés et revêtus de l’uniforme des écoliers. De cette mise en tension entre pouvoir de la jeunesse et rayonnement de la vieillesse transparait la fragilité de ce qui se transmet. Ce qui sourd oscille entre la promesse de l’effacement et celle de la trace et de l’héritage.

 

Tout ceci pourrait ramener à la question de la fondation et du futur : en plaçant ces situations dans le domaine de l’image exposée, Georges Senga souligne ce qui est de l’ordre de ce que l’on se raconte, et de ce qu’on tait.

 

L’efficacité du cadrage, loin d’être fonctionnelle, fait place à une mélancolie et à une poétique. Ce photographe, à chaque étape de son processus, observe et met en partage une dialectique qui devient ouverture sur une histoire qu’il laisse à chacun le soin de documenter et raconter à partir de là.

 

 

Elize

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